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Aux racines de la violence : les violences éducatives ordinaires ou la "pédagogie noire"

Dernière mise à jour : 6 nov. 2022


Les Violences Educatives Ordinaires (VEO) regroupent les formes de violence physique, verbale ou psychologique infligées aux enfants sous couvert de "vertu éducative " à la maison ou dans des lieux tiers (école, sport...) : l'enfant se voit imposé quelque chose par la force et souvent de manière brutale, avec l'intention supposée qu'il apprenne de la situation, sans qu'il n'ait d'autre choix que de se soumettre à la volonté de l'adulte. On les nomme "ordinaires" car elles surviennent de façon répétée et qu'elles sont malheureusement banalisées, voire encouragées.


crédit photo : Artyom Kabajev (unsplash)

Les exemples sont nombreux : frapper (gifles, fessées, coups) ou menacer de le faire ; crier et hurler, humilier, culpabiliser, dévaloriser, dénigrer ou mépriser, mettre à l’écart l’enfant ou ignorer sa présence ou ce qu’il manifeste, s’introduire dans son intimité, le piéger ou l’obliger par manipulation mentale (chantage affectif par ex.), etc... Tout ce qui met l'enfant en position de soumission ou d'asservissement inutiles et qui suspend ou empêche l'accès serein à son autonomie physique, émotionnelle ou psychique par la contrainte, la douleur ou la dévalorisation.

Selon une étude IFOP[1] de 2022 pour la Fondation pour l’Enfance, « 79% des parents reconnaissent utiliser encore différentes formes de violences éducatives ordinaires ». Des VEO sous forme de violences physiques ou morales.

Il est important de rappeler que les violences infligées à l’enfant n'ont aucune vertu éducative, qu’elles sont prohibées par la loi depuis 2019 et que de nombreuses études scientifiques[2] démontrent au contraire qu'elles sont néfastes au bon développement de l’enfant, notamment par le biais du stress causé par ces pratiques, surtout si elles sont répétées.

Les conséquences de la violence infligée à l’enfant

Les conséquences d’un comportement violent ou d’un environnement violent envers l’enfant sont nombreuses et varient selon l’individu. Les violences physiques ou psychologiques ont un impact soit immédiat sur l’intégrité physique ou psychique de l’enfant , soit différé en accroissant les risques d’apparition ultérieure (plus tard à l’adolescence ou l’âge adulte) de troubles, voire de maladies. Les professionnels constatent notamment : déficits cognitifs (difficultés d’apprentissage, déficit d’attention ou de raisonnement), troubles du comportement en groupe (effacement ou agressivité), difficultés à réguler ses émotions, comportement antisocial, déficit de confiance en soi ou d’estime de soi pouvant entrainer des difficultés à nouer des relations affectives épanouies, des comportements à risque (dépendances, addiction, suicide), des risque de dépression, des maladies cardiaques, de l’asthme ou des cancers. La liste est malheureusement longue.

L’autre impact désastreux est celui de la reproduction des attitudes violentes reçues, ce qui nourrit une chaîne de la violence qui se transmet à travers les générations si elle n’est pas stoppée : plus l’enfant est victime de violence, plus il est probable qu’il utilisera plus tard la violence envers les autres à l’âge adulte, même avec ceux qui lui sont proches (amis, conjoints, ses propres enfants, voire ses propres parents...).

La pédagogie noire : une chaîne de la violence et un échec relationnel

Les enfants ayant subi des violences ne basculent fort heureusement pas tous, plus tard, dans ce piège "infernal" de la reproduction de la violence. La prise de conscience qu'une alternative positive est possible et le chemin de résilience se feront soit seul, soit grâce à la rencontre et par l’intermédiaire d’une figure d’autorité faisant office de « bon père » ou « de bonne mère » (un tuteur de résilience). C’est à dire qu’un adulte, si ce n’est pas le ou les parents, considérera l'enfant, l'adolescent ou le jeune adulte pour ce qu’il est et l’aidera, en lui démontrant qu'il existe d'autres issues pour résoudre un conflit ou une difficulté ; que bien au contraire l’écoute, la douceur et le dialogue sont plus vertueux. D’autres au contraire n’auront pas cette chance et reproduiront de manière plus ou moins prononcée les attitudes ou les comportements néfastes subis.

Ces pratiques, lorsqu'elles sont perpétuées, enracinent la violence dans notre société et ont des conséquences destructrices, toxiques, sur le développement psychique, émotionnel et physique de tous. Elles caractérisent une pédagogie dite "noire", dénoncée par Alice Miller dans les années 1980 dans ses livres "C'est pour ton bien", "Le drame de l'enfant doué" ou « le corps ne ment jamais ». Plus récemment, le Dr Muriel Salmona, psychiatre, a notamment traité ce sujet dans son livre "Châtiments corporels et violences éducatives ».

L’usage de la violence sous toutes ses formes est une forme d’échec relationnel et invite à ce que les protagonistes s’écoutent, s’expriment, c’est à dire dialoguent en reconnaissant leur besoins propres pour trouver un terrain d'entente, dans un cadre serein où chacun apprend de l’autre. Le dialogue est la clé (on pourrait aussi dire l’antidote !). Mais comme l’enfant est dépendant de l’adulte par essence, c’est à l’adulte d’éviter de passer par une forme violente et de lui apprendre à faire autrement.

Comme le mentionne d’ailleurs l'article 371-1 du code civil, "l'autorité parentale est un ensemble de droits et de devoirs ayant pour finalité l'intérêt de l'enfant. Elle appartient aux parents jusqu'à la majorité ou l'émancipation de l'enfant pour le protéger dans sa sécurité, sa santé et sa moralité, pour assurer son éducation et permettre son développement, dans le respect dû à sa personne. L'autorité parentale s'exerce sans violences physiques ou psychologiques. Les parents associent l'enfant aux décisions qui le concernent, selon son âge et son degré de maturité"

L’importance de la prévention et d’être aidé pour changer les comportements

Une étude réalisée par l’OVEO[3] en 2017 auprès d’adultes interrogés souligne que la prise de conscience de l'impact des violences éducatives ordinaires était récente (moins de 3 ans) pour la moitié des répondants et que le fait d’être sensibilisé sur le sujet augmentait à la fois la perception du degré de gravité de ces pratiques et faisait diminuer par conséquence le recours à de telles pratiques.


L’origine de la prise de conscience du sujet est multifactorielle, cependant la diffusion d’informations sur le sujet et la formation des professionnels aidants sont cités comme étant les plus pertinentes pour aider les parents en difficulté. Par ailleurs, les personnes interrogées mettent en avant que la formation sur les VEO, l’aide psychologique individuelle et l’échange entre parents au travers de groupes de discussion sont un soutien et une aide pour changer ses comportements.

Comprendre l'étendue du problème et ses racines, informer sur les conséquences de telles pratiques et sur les aides possibles participent à la lutte contre ce fléau souvent dénigré, caché ou nié.


Ces situations ne sont pas irréversibles et l'aide extérieure est possible pour que les parents désirant agir autrement puissent apprendre à le faire et ainsi retrouver une logique plus vertueuse dans la relation qui les lie à leur enfant. L'instauration et le maintien d'un dialogue respectueux entre l'adulte et l'enfant en sont la clé de voute et évitent l'impasse de la violence.


Philippe Bien



Pour en savoir plus sur ce thème :

  • Interview du Dr Muriel Salmona, Psychiatre et psychotraumatologue, article du magazine sciences humaines : clic-ici

  • Interview de Catherine Gueguen, Prédiatre, article de Les Pros de la Petite Enfance : clic-ici

  • Observatoire de la Violence Educative Ordinaire : clic-ici

Sur l'auteur

Philippe Bien est psychopraticien et membre de la FPPP ; Les approches somatiques sont au coeur de ces accompagnements. Il exerce à Paris en tant que Somatothérapeute en Relation d'Aide par le Toucher ®. Il est aussi Praticien de la méthode Feldenkrais ®.


Sources :


[1] Etude IFOP de 2022 auprès 1 314 parents d’enfants de 0 à 10 ans. [2] Voir les études sur les effets de la violence éducative ordinaire répertoriées par l’OVEO. [3] Etude de l’OVEO en 2017 auprès de 2041 personnes. Consultable sur www.oveo.org

- C'est pour ton bien, Alice Miller (Aubier, 1985)

- Le drame de l'enfant doué, Alice Miller (PUF, 2013)

- Châtiments corporels et violences éducatives, Dr Muriel Salmona (DUNOD, 2016)

- Observatoire de la Violence Educative Ordinaire

- Code civil : www.legifrance.gouv.fr/


Les techniques et méthodes présentées dans cette publication s’inscrivent dans le cadre d’une démarche de mieux-être, selon une approche complémentaire aux soins médicaux conventionnels. Elles ne peuvent se substituer à un traitement médical en cours et ne dispensent pas de consulter un médecin chaque fois que cela est nécessaire.


© Inamovemento – 2022 ; Crédits photos : A. Kabajev (unsplash)


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