Psycho : les freins possibles empêchant d’aller consulter en thérapie

Lorsqu’une personne souffre, se trouve en prise à des difficultés passagères ou récurrentes d’ordre relationnel, émotionnel ou bien physique, trouver de l’aide et se faire accompagner en psychothérapie ou somatothérapie permet d’aller mieux durablement et gagner en autonomie. Mais parfois, faire le premier pas et s’engager dans un tel travail s’avère difficile en soi, ce qui peut-être révélateur de freins psychologiques insoupçonnés chez la personne en souffrance.


L’impasse de la souffrance non prise en charge


Qu’on soit parent proche, ami, collègue ou partenaire, ce qui paraît évident pour le proche aidant, ne l’est pas toujours pour la personne sujette à la difficulté. Il est intéressant d’essayer de comprendre pourquoi, lorsqu’on lui a conseillé en toute bienveillance de se faire aider par un professionnel, cette dernière n’arrive pas à s’engager dans un tel processus. Alors que l’on connaît les bienfaits d’un tel travail sur soi, parce qu’on y a eu recours soi-même.

Qui n’a pas déjà expérimenté, en pareilles circonstances, le fait de voir son conseil avisé être tout bonnement ignoré ou ajourné par la personne en souffrance ? Qui n’a pas alors ressenti de la colère, de la déception, voire de la frustration d’être témoin pour l’autre d’une forme de dérive dans le mal-être et d’une « mise en danger » personnelle, fruits d’une stratégie souvent non consciente menant la plupart du temps à l’impasse.


Etre accompagné sur la voie du mieux-être : un choix personnel


Le fait d’être accompagné.e ou non reste l’expression d’une grande liberté personnelle : celle de s’engager ou non sur la voie de son mieux-être, de se faire accompagner pour cela _ ou pas_ par un professionnel. On ne peut pas « obliger » une personne en possession de ses moyens à le faire, à emprunter un tel chemin si elle ne l’a pas réellement décidé pour elle-même. Chacun est auteur, acteur de sa propre vie, non ?


Dans l’affirmative, cette décision de s’engager dans un tel travail personnel est toujours précédée par un aveu à soi-même que l’on ne peut visiblement plus ignorer ou dépasser seul ce qui nous empêche (ou nous a empêché jusqu’à présent), que l’on a besoin d’une aide particulière et adaptée. Ce déclic émerge, dans la plupart des cas, lorsque la personne en difficulté prend conscience que, malgré les efforts et les tentatives passées pour se sortir de la difficulté, la situation devient trop critique ou sans issue apparente, qu’elle se répète inévitablement ou que la souffrance n’est plus supportable ou trop grande.


C’est alors en général le corps qui tire la sonnette d’alarme en premier, lorsqu’il n’en peut plus, lorsqu’il somatise ou que les émotions nous submergent au point de nous empêcher dans nos activités quotidiennes. Il n’est alors plus vraiment l’heure de prévenir les conséquences liées la difficulté, mais de panser les plaies émotionnelles et de trouver de nouvelles façons de faire. Dans tous les cas, il n’est jamais « trop tard ».


Mais dans le cas contraire, que peut bien t-il se jouer lorsqu’une personne en souffrance refuse ou ne se fait pas accompagner en thérapie, alors que cela pourrait l’aider ?


Des raisons au non-recours à l’aide ?


Vu de l’extérieur, on se demande pourquoi la personne ne s’est pas décidée plus tôt, alors que les signaux de détresse étaient visiblement présents depuis un bon moment. Et c’est la même question qui surgit lorsque la personne s’enferre à déployer toute une palette d’arguments pour ne pas agir, le plus souvent avec sincérité. De l’intérieur, la personne qui souffre ne voit pas la difficulté ou bien elle ne peut pas envisager de faire autrement pour la dépasser. Jusqu’à ce que son état physique ou émotionnel, le corps en fait, l’y contraignent (épuisement, symptômes de dépression ou d’immobilisation, d’empêchements physiques, psycho-somatisations sévères, etc).


Vu de l’intérieur, cette réticence à se faire accompagner, à recourir à un cadre et une guidance bienveillants pour trouver des pistes concrètes et personnelles permettant d’aller mieux, est toujours le signe de freins psychologiques actifs qui sont loin d’être anodins. C’est un peu « le problème dans le problème » : je souffre ET je ne me fais pas aider. Et finalement un cercle vicieux : je ne me fais pas aider, ce qui entretient la souffrance, qu’elle soit physique ou psychique.

Je vous propose ici d’envisager quelques pistes d’explications possibles et certainement non-exhaustives qui pourraient être à l’origine de ce double empêchement.


Le déni : «  Je ne vois pas ! Je n’entends pas la difficulté ou ses causes »


C’est l’un des systèmes de défense les plus puissants de la psyché qui, même si il a vocation première de protéger la personne, engendre des souffrances collatérales certaines sur le long terme. Ce mécanisme de survie qu’est le déni fait que la personne en souffrance n’entend pas qu’elle est en difficulté ou ne voit tout simplement pas cette dernière. Au pire, le déni rend  aveugle à la fois sur le symptôme (la souffrance), ses réelles causes (l’origine du symptôme) et son implication personnelle éventuelle dans la situation problématique : Il n’y a tout simplement pas de problème ou bien si il y en a un, elle ne se sent ni concernée, ni actrice de la situation, et par extension de sa résolution.


Alimenté par l’Ego qui n’a aucun intérêt à ce que les choses changent, même si cela occasionne de la souffrance en contrepartie, la force du déni est à la hauteur de la difficulté refoulée. Bien souvent dans ce cas, la personne exprime que « tout va bien » (alors qu’en réalité, c’est tout le contraire qui se passe) ou bien que la cause est extérieure (« c’est de la faute à machin », à « pas de chance », à « la vie qui n’est pas favorable »).


Cette parade de la psyché ne tient que jusqu’à ce que la personne soit prête à voir la difficulté en face, souvent éclairée par l’intermédiaire de son propre corps qui prendra le relais et exprimera physiquement la souffrance intérieure non perçue. Ou bien jusqu’à ce qu’elle se sente suffisamment réellement concernée pour oeuvrer à ce que sa situation s’améliore. Les cas de souffrance au travail, burn out ou apparentés au syndrome d’épuisement professionnel sont souvent masqués par le déni des personnes qui le subissent ou de leur entourage témoin silencieux, jusqu’à ce que leur corps dise clairement « stop ! » et qu’il oblige par la sorte la personne concernée à prendre conscience du dysfonctionnement et à trouver des moyens concrets pour éviter que la difficulté ne persiste ou ne se reproduise.


Le non-dit : «  Je ne veux pas ou n’arrive pas à en parler autour de moi »


La reconnaissance pour soi de la difficulté n’est parfois pas suffisante à l’obtention d’une aide extérieure, car le non-dit est parfois aussi opérant. Reconnaître que l’on souffre peut nous amener à nous dévoiler auprès des autres, en premier lieu des proches, c’est quelque part un risque potentiel de devoir se justifier sur ce qui ne va pas. Dire que l’on a besoin d’aide est souvent un mur auquel les personnes en souffrance se trouvent confrontées. Le dire, c’est d’abord et avant tout se le dire à soi-même, puis éventuellement aux autres. La peur d’être jugée vulnérable dans ce cas, du «  qu’en dira-t-on ? » ou bien tout simplement la peur de ne pas arriver à dépasser la difficulté sont des freins puissants au travail en thérapie. Là encore, c’est un problème dans le problème, une mise en abîme, car l’entretien du non-dit participe à l’isolement de la personne voire au refoulement de solutions potentielles. Il aboutit finalement au déni (nier que le problème existe ou bien qu’il existe potentiellement une solution).


Le jeu de l’Ego : « Je dois m’en sortir seul.e »


L’Ego régit le Moi et nourrit l’apparence d’un contrôle sur ses ressentis, sur l’ordre des choses ou sur les autres, sur le résultat de nos actions. Il privilégie le fait de vouloir  jouer la partition en solo et la mise à distance de l’inattendu et de l’ouverture du champ des possibles ex nihilo. Il vénère les habitudes et la routine, même si cela est (très) inconfortable. Cette part de nous-même que constitue L’Ego, n’aime pas que les choses changent car cela remettrait en cause ce qui le nourrit : la peur principalement (2) et la souffrance. Il déploie sa toute-puissance dans nos pensées et nos comportements, nos modes relationnels. Il s’exprime par la bannière originale du « Je » : « Je sais… », « Je pense … », « Je veux … », « Je vais … ».


Lorsque la personne souffrant physiquement et/ou psychiquement se retrouve à refuser de l’aide extérieure, c’est souvent par peur de l’inconnu et des changements à venir, même en mieux. Elle peut exprimer par exemple qu’elle sait qu’il y a un problème et qu’elle saura trouver la solution (en pensant de manière sous-entendue qu’il est suffisant de savoir pour trouver la solution, ce qui est un raccourci et la plupart du temps un leurre). Elle jouera la musique du « je vais m’en sortir tout(e) seul(e) »  avec ses variantes autour du « il n’y a que moi qui peut.. » qui expriment la tentation de la « toute-puissance ». Là encore, c’est une vision déformée de la réalité, surtout si l’on considère qu’en parallèle le corps lui, continuera de tambouriner autant qu’il le pourra en somatisant par des maux pour signifier que quelque chose ne va pas, indépendamment des manoeuvres de l’Ego qui n’est en soi qu’une construction du mental.


Le manque de confiance en soi et les autres : « Je n’y arriverai pas ! »


Le manque de confiance en soi peut apparaître clairement comme un obstacle au fait de trouver de l’aide et de faire un travail sur soi. C’est un phénomène de dévalorisation qui questionne en fait la finalité, l’objectif même de l’accompagnement thérapeutique : celui d’aider la personne à trouver pour elle-même des clés, des pistes pour dépasser la difficulté ou l’accueillir différemment. Ce ressenti « à la baisse » de sa propre valeur fait s’interroger la personne ayant besoin d’aide directement sur la capacité qu’elle s’accorde à réussir et à aller mieux. En miroir, il y a la question de la confiance en l’autre, en celui qui va aider : va t-il/elle être capable de m’écouter, de me comprendre, de m’accompagner ? Pourrais-je lui accorder ma confiance ?


Mais dans ces deux cas , la personne en « refus d’aide » ignore que l’issue probablement positive à ses difficultés trouvera en fait sa source dans la qualité relationnelle qui se tissera avec l’accompagnant.e, qui dédie par définition son travail au mieux-être des personnes qu’il ou elle suit ; dans le fait que l’accompagnant.e est supposé.e professionnellement formé.e pour cela et qu’une grande partie de la transformation repose sur une ressource fondamentale et accessible à tout moment et à tout âge : l’apprentissage, en conscience. Dit autrement, la personne qui pourrait ressentir un manque de confiance en elle dans le fait d’aller mieux en étant accompagnée oublie que si elle est aidée, elle ne sera pas seule face à la difficulté et qu’elle pourra compter sur la compétence du thérapeute pour l’aider à apprendre à voir et faire différemment.


On pense souvent à tort que le savoir-faire résulte de l’inné ; on oublie presque toujours que c’est plutôt un acquis et qu’il résulte donc d’une phase d’apprentissage consciente.


Les croyances sur la vie, sur soi-même, sur les autres


Nous vivons et nous nous conformons au monde au travers de croyances psychologiques (porteuses ou limitantes) sur nous-même, les autres, la vie en général. Lorsque l’on évoque les freins à trouver de l’aide et aller mieux, il apparaît évidemment que les croyances limitantes, souvent instillées par l’éducation reçue de nos parents ou éducateurs, peuvent empêcher le recours à l’aide extérieure et l’accès à du mieux pour nous-même. En premier, les croyances limitantes qui mettent probablement en jeu les questions de place ou de « mérite » : « je ne mérite pas d’être aidée », « ma place est de souffrir » (à la place de l’autre en général _ notion de sacrifice), « c’est dans ma destinée que de souffrir », etc. Mais aussi celles qui mettent en scène nos croyances personnelles sur notre rapport aux autres ou relatives à la notion de changement : « je ne peux pas faire confiance à l’autre », « je ne peux m’en sortir que par moi-même », « je ne changerai pas » ou « il/elle ne changera pas ». C’est justement l’intérêt d’un accompagnement en psychothérapie ou somatothérapie que celui de nous permettre d’identifier les croyances qui nous limitent et d’y mettre de la distance pour laisser la place à quelque chose de plus porteur pour soi et ainsi faire face à l’avenir aux difficultés éventuelles.


Les bénéfices secondaires : « c’est difficile, mais au moins… »


On peut généralement trouver à toute situation, même difficile, un ou plusieurs bénéfices secondaires résultant directement de la situation. Cela peut sembler paradoxal, mais il est intéressant d’observer cela. Ce ou ces bénéfices opèrent en second plan, la plupart du temps de façon inconsciente, et participent à maintenir la difficulté ou la souffrance par rapport à la difficulté, tant que le rapport bénéfices secondaire/désagréments causés par la situation reste d’une certaine manière avantageux pour l’individu. Par exemple, lorsque la situation permet à la personne d’exister au travers d’une forme continue de plainte, elle pourrait permettre d’attirer finalement l’indulgence d’autrui sur ses actions ou ses comportements tant qu’elle est considérée vulnérable. Tant que la personne n’aura pas pris conscience des bénéfices secondaires à ne pas se faire aider, ou des besoins cachés qu’elle tente inconsciemment de satisfaire au travers de ce biais (être réconfortée parce qu’elle souffre ou acceptée telle qu’elle est, par exemple), ce frein sera opérant parce qu’il sert un besoin profond, légitime en soi : souvent celui d’être reconnu.e, soutenu.e, voire aimé.e tout simplement !


Se faire aider pour aller mieux : suivre la piste du corps


Ces pistes d’explications restent un point de vue générique issu de l’expérience sur les résistances et les freins à se faire accompagner dans un travail psychothérapeutique. Chaque personne, parce qu’elle a une histoire, des vécus et des façons de ressentir qui lui sont propres, met en place des modes de protection comme de résolution uniques, à reconnaître en tant que tels. A chacun son rythme et ses solutions pourrait-on dire ! Le recours à l’aide individuelle en relation d’aide permet justement cela et doit être considéré avant tout comme un complément remarquablement amplificateur et accélérateur de sa propre transformation.

Dans tous les cas, l’accès au mieux-être est toujours souhaitable et propre à chacun. C’est tout l’intérêt d’un cadre psychothérapeutique d’être écouté et aidé individuellement pour trouver des moyens adaptés et justes pour soi afin d’y arriver. Pour vivre plus pleinement et gagner en estime de soi. Pour cela, suivre la piste du corps, dans ce qu’il exprime de difficile ou de souffrant (les tensions par exemple, les maux) comme dans ce qu’il exprime de possible et porteur (le bien-être, la détente, une meilleure respiration, la joie) est une voie à ne pas sous-estimer.


Philippe Bien


Thérapie psycho-corporelle - Somatothérapeute en Relation d'Aide par le Toucher ®

Prise de conscience par le mouvement - Enseignant de la méthode Feldenkrais™


Pour en savoir plus sur mes propositions d’accompagnement : www.inamovemento.com


Pour en savoir plus sur ce thème :


Reprendre des forces avec la somatothérapie (Psychologies Magazine) : accéder à l’article clic-ici


Thérapie psychocorporelle (Santé Magazine – 11/02/2019) : accéder à l’article clic-ici


Aller mieux grâce à la Relation d’Aide par le Toucher ® (blog) : accéder à l’article clic-ici


(2) voir article « Le sens de nos émotions » clic-ici


Les propos, techniques et méthodes présentés dans cette publication s’inscrivent dans le cadre d’une démarche de mieux-être, à l’exclusion de tout objectif médical ou paramédical. Elles ne dispensent en aucun cas de consulter un médecin en cas de doute et à chaque fois que cela est nécessaire.


© Inamovemento – 2019


Crédit photo : Joao Tzanno (via unplash)


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